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Vendredi 10 Février
9:04
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Chansons du bagne.
Île Saint-Joseph - réclusion
Cayenne - Jacques HIGELIN
Cet arrangement, d'après «Cayenne», de Jacques Higelin tient entièrement sur les quatre pupitres classiques (Bs, Tn, Al, So) sans aucune subdivision. Néanmoins il se peut que tous les pupitres se sentent vers le bas de leur tessiture. La tonalité proposée est Fa Majeur (qui va très bien), mais nous la chanterons un ton au-dessus, en Sol (G). Mais cette formule d'arrangement sollicite des basses plutôt graves et rondes pour les couplets et un choeur tendu et brillant pour faire s'envoler les refrains.
Dans tous les «Cayenne» et autres rimes en «n», il faut tenir le «n» long et nasal en poussant fort de l'intérieur, et ne lâcher que pour chanter la suite ou pour respirer. Le pont et la boucle, c'est «à fond les ballons». J'aimerais aussi que celles et ceux qui veulent (je sais que pour certains ça peut poser des problèmes d'habitudes ou de synchonisation et personne n'en voudra à ceux qui ne le font pas, mais essayez quand même) battent des mains sur les temps 2 et 4 de chaque mesure (et surtout pas 1 et 3 !), mais bien en mesure et bien sur le temps, et seulement à partir du dernier temps juste avant le pont (comme sur le modèle). N'hésitez pas; lâchez-vous, c'est facile et rigolo. Et en plus, y s'pass'ra qué'qu'chose, vous verrez. Vous pouvez même vous amuser chez-vous à faire ça d'un bout à l'autre (mais attention; seulement sur 2 et 4). Chanson à lire et écouter ci dessous. Cayenne c'est fini Pas d'veine trop de soucis Cayenne c'est fini Plus de lettre de mon amie Ce n'est peut-être qu'un oubli Cayenne c'est fini Y' en a qui s'aiment jusqu'au martyr Où y a d'la chaîne y a pas d'plaisir Les matons m'ont maté J'ai plus d'quoi me r'lever Cayenne bon bon bon bon Cayenne bon bon bon bon j'ai compris Cayenne bon bon bon bon c'est fini Cayenne D'puis l'temps qu'j'attends ma r'mise de peine Y a d'la gangrène dans mes souv'nirs Vaut mieux en finir quand ça traîne J'ai pas envie d'moisir ici Cayenne c'est fini Cayenne c'est bien fini Allez les mecs… au goulot Hey les mecs… au goulot ! et qu'ça saute ! Cayenne c'est fini J'emmène au Paradis La mauvaise graine de mes soucis Qui a fleuri à Cayenne Cayenne captivité pas bon Cayenne tentative d'évasion Cayenne mais prison quadrillée Cayenne nické par les képis Cayenne des matons décatis Cayenne quasiment déphasé Cayenne plaidoirie kamikaze Cayenne l'avocat dégouté Cayenne lui manquer quelques cases Cayenne système pénitencier Cayenne condamné l'accusé Cayenne à purger lourde peine Casser des cailloux à Cayenne Casser des cailloux à Cayenne Casser des cailloux à Cayenne A lire un trés bon article de Michel PIERRE, historien, sur le site de criminocorpus
Île Saint-Joseph - cellule obscure
La Belle - d'Albert LONDRES.
Le texte ci-dessous est une chanson écrite par Albert Londres après son fameux reportage sur le bagne de Guyanne (Au bagne en 1923). Elle fut chantée à l'époque par Lucienne Boyer et plus récemment (dans un autre style) par Parabellum.
La Belle (A. Londres) Le Loire a quitté La Pallice Maintenant tout est bien fini. On s’en va vers le Maroni Où les requins font la police. On est sans nom, on est plus rien. La loi nous chasse de la ville. On n’est plus qu’un bateau de chiens Qu’on mène crever dans île. Mais alors apparaît la Belle, La faim, la lèpre, le cachot, Le coup de poing des pays chauds. Rien ne sera trop beau pour elle. Pour la liberté. Les requins Auront notre chair de coquins. Et dans la forêt solennelle Où la mort sonne à chaque pas Même lorsque tu ne viens pas C’est toi qu’on adore. Ô la Belle ! Le Loire est le nom du bateau qui transportait les bagnards et qui fut remplacé par la Martinière.
Île Saint-Joseph - cellule de la réclusion
Cayenne - attribuée à Aristide BRUANT
Je me souviens encore de ma première femme
elle s'appellait nina une vraie putain dans l'âme la reine des morues de la plaine saint denis elle faisait le tapin près d'la rue rivoli MORT AUX VACHES... MORT AUX CONDES vive les enfants d'cayenne à bat ceux d'la sureté Elle aguichait l'clients quand mon destin d'bagnard vint frapper a sa porte sous forme d'un richard il lui cracha dessus rempli de son dedain lui mis la main au cul et la traita d'putain MORT AUX VACHES... MORT AUX CONDES vive les enfants d'cayenne à bat ceux d'la sureté Moi qui etais son homme et pas une peau de vaches aquis dans ma jeunesse les principes d'un apache sorti mon 6-35 et d'une balle en plein coeur je l'etendit raide mort et fut serré sur l'heure MORT AUX VACHES... MORT AUX CONDES vive les enfants d'cayenne à bat ceux d'la sureté UNE SEULE SOLUTION...LA REVOLUTION ca fait 1 2 1 2 3 4 Aussitôt arreté j'fut mener a Cayenne c'est la que jai purger la force de ma peine jeunesse d'aujourdui ne faites plus les cons car pour une seule conneries on vous jette en zonzon wwwwwwaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhh!!!!!!! MORT AUX VACHES... MORT AUX CONDES vive les enfants d'cayenne à bat ceux d'la sureté Si je viens a mourir je veux que l'on m'enterre dans un tout p'tit cimetiere pres d'la porte saint martin 400 putains a poils viens donc crier tres haut c'est le roi des julots que lon mene au tombeau wwwwaaaaaaaaaahhhhhhhhh!!!! MORT AUX VACHES... MORT AUX CONDES vive les enfants d'cayenne à bat ceux d'la sureté Sur mon tombeau y aura cette glorieuse phrase ecrit par les truants d'une tres haute classe honneur a la putain qui ma donnée sa main si je n'etais pas mort je te baiserais encore MORT AUX VACHES... MORT AUX CONDES vive les enfants d'cayenne à bat ceux d'la sureté MORT AUX VACHES... MORT AUX CONDES vive les enfants d'cayenne à bat ceux d'la sureté Pas de grace pas de pitié pour toute ces bandes de laches et ces band' d'enculers!!!!! Interprétée par le groupe "PARABELLUM" et par "Les amis d'ta Femme" Lire l'article suivant: Vive les enfants de Cayenne !.
Mouillage d'un bagnard aux îles du Salut par Francis Lagrange
Je suis un forçat.
Il s'agit d'un poème de Fitoussi qui se chantait sur l'air "les bateliers de la Volga".
Le cri d‚une sirène Un bruit de chaînes Le convoi part Ils sont hâves et blêmes Tout un poème En leur regard Cohorte douloureuse C‚est l‚armée malheureuse De ceux que Thémis appelle Aujourd‚hui Qui vont quitter à jamais leur pays Soudain l'un d'eux s'arrête, en inclinant la tête, c'est qu'on vient de lui dire tout bas ces simples mots tu n'es qu'un forçat. La bas à la Guyane, dans la savane et les chantiers, combien de pauvres ères dans la misère semblent expier. Des rires de folies, des râles d'agonies, semblent monter au-dessus des cachots dont parfois monte un lugubre sanglot. La fièvre qui les terrasse, la mort qui les menace, toute la gamme des maux d'ici-bas semblent planer sur le corps du forçat. L'évasion est un crime que l'on réprime sévèrement, la réclusion horrible et ses terribles isolements. Misère physiologique, celle, vengeur tragique, d'une société cruelle ou vaincu, un cri, un râle, un forçat à vécu. Le requin, bête immonde, semble guetter dans l'ombre, le corps qu'on jette entouré d'un vieux drap, et c'est ainsi que finit le forçat. A écouter en cliquant sur la pièce jointe en bas de la page Enregistrement 1952 - interprétée par un ancien bagnard.
Guillaume SEZNEC
Chanson dédiée à Guillaume SEZNEC
Saint-Martin-de-Ré, principale ville de l'île de Ré. C'est de son pénitencier qu'embarquent les bagnards pour la Guyane. Guillaume Seznec quitte la métropole le 7 avril 1927.
Sept avril, quittant Saint-Martin, Six cents nous sommes embarqués sur La Martinière, Fers et cages pour fauves humains, Dans trois semaines c'est la Guyane et c'est l'oubli. Pour bonjour, Prével nous a dit : - C'est pas l'enfer mais c'est déjà le purgatoire, Que morts vous ne sortirez d'ici, Que morts ou pire, pour les îles du Salut. Les Chaouchs de nous mettre nus, Zébrés de rouge et blanc zébrés et fers et flammes, Flammes et fers, ici tu n'es plus, Pauvre Guillaume, que 49 302. Oiseau des Caraïbes bleu, Va dire à mes enfants ma mère et Marie-Jeanne, Va t'en dire : ma foi est en eux, Justice veux, ne veux ni grâce ni pardon. - J'ai nouvelle sur un nuage blanc : Guillaume, un juge un écrivain les Bretons lèvent; - J'ai nouvelle sur un nuage gris : A la Royale on te condamne pour dix ans. - J'ai nouvelle sur un nuage sang : Que l'on te jette à Saint-Joseph, bagne du bagne; - J'ai nouvelle sur un nuage noir : Ta mère ta fille et Marie-Jeanne n'ont plus vie. CAYENNE de Jean Marceline.
Jean Marceline est né le 11 mars 1949 au 40, rue Lieutenant Goinet à Cayenne.
Artiste guyanais, Jean Marceline est auteur - compositeur - interprète. Il joue de la guitare rythmique et de la percussion et possède également un don, celui d'imiter divers animaux. Il a même mis au point un sketch à base d'imitation d'animaux divers se terminant par une bagarre entre un chien et un cochon : " la ballade du chien Tristar de mon ami Dubois " "Cayenne", écrite et interprétée par Jean Marceline sur CD DAN'S A057, cette chanson résume tout ce qu'un Cayennais peut ressentir du passé et évaluer ce qui lui est resté dans les gènes au 3° millénaire (Yvon Rollus) Refrain Ma plus belle mélodie, J'aurai tant aimer l'écrire Pour toi CAYENNE Pour tenter d'te faire oublier Tous les cailloux qu'ils ont cassés Tu n'leur avais rien demandé. Tant d'autres avant moi t'ont chanté Trop souvent pour te reprocher Les murs CAYENNE Que leurs ancêtres avaient dressés Pour exiler loin de leurs yeux Les déchets de leur société. 1° Couplet Je n'ai pas joué au gardien Le fouet, la matraque et le chien Crevant sous un soleil de plomb Entre les murs d'une prison. Moi j'ai été Nègre-Marron Dans la jungle tout au fond Sous un carbet de toit de feuilles Pleurant l'Afrique mon deuil ! 2°Couplet J'ai pas plagié Chéri-Bibi J'ai pas fréquenté Papillon Les chaînes, les boulets, les fusils L'île du diable requins en rond J'étais Indien d'Amazonie Et j'ai vu mourir mes petits Entre les mains des guerriers blancs Violant les petits Négrillons. 3°Couplet Je n'ai pas été négrier Pas pratiqué la traite de ceux Qui de leur terre, déracinés, Furent déportés sous d'autres cieux. Mais j'ai été l'échine courbée Et sous le joug oppressé Bête de somme pour planter cafés Douceurs aux maîtres destinées 4°Couplet Pour toutes les humiliations Infligées pendant trop longtemps Pour toutes les larmes et le sang Qui ont tant coulé sans raison Par tous ceux qui cherchaient en toi Le vertige de l'Eldorado Qui ont même décimé pour ça Jusqu'à tes enfants les plus beaux. Cayenne, pour toutes ces souffrances Aujourd'hui je veux te chanter Exorciser de mon enfance La peur des rues la nuit tombée. Nous qui naquîmes juste après Que les portes en furent fermées Cauchemars de nos jeunes années Leur bagne nous voulons l'oublier. 2°Refrain Et ma plus belle mélodie Sera une chanson d'amour Pour toi CAYENNE Pour tenter de faire oublier Tous ceux qui t'ont maudit un jour Toi, tu leur as tout pardonné. Ma plus belle mélodie.. !
Graffiti d'une cellule du Camp de la Transportation de Saint-Laurent-du-Maroni. BOUILLE de Montmartre - Raté à vie 1892 - MORT AUX VACHES
CAYENNE - autre version
Transmise par Daniel Lacombe le 05 août 2008.
Je tiens particulièrement à vous remercier pour votre site, je suis un homme de la première moitié du siècle passé... Et c'est avec beaucoup de plaisir d' avoir trouvé CAYENNE (attribuée à Aristide BRUANT) Visiblement il existe plusieurs versions de ce chant ! J'ai entendu d'anciens repris de justice dont certains avaient embarqué de l' île de Ré, pour le bagne, il y avait d' autres couplets, et le refrain légèrement différent. Pour les amoureux passéistes, il serait sûrement utile de communiquer le résultat de nos versions et de trouver la véritable origine de cet hymne des coupables comme des innocents incarcérés dans des conditions lamentables con fere l'âge des décès des détenus. Comme promis je vous adresse, les paroles que j' ai entendues et retenues. Ce texte provient, en majeure partie, de la bouche même des gars de la zone qui, lors de la construction du boulevard périphérique (tronçon entre la Porte de la Chapelle et et la Porte de Clichy) se sont retrouvés "parqués" dans des masures et baraquements près des usines Citroen à Saint-Ouen. Certains des Anciens fredonnaient ce chant, j'ai bien retenu l'air, mais mon solfège des plus restreint ne me permet pas une transcription sur partition, ceci étant, je reste à votre disposition pour tenter un enregistrement pour qu' un compositeur-interprète puisse faire quelque chose de cette transmission orale. Espérant avoir apporter un petit caillou dans l' édifice de notre patrimoine, je vous prie d' agréer l'expression de mes salutations distinguées et bien dévouées. Daniel Lacombe CAYENNE. C'était un soir d'été à Bizerte la Belle Elle faisait le tapin, et moi le rappel Quant un riche passant, la prenant par la main Lui souleva ses jupons et la traita de putain. Refrain: Pas de chance, pas de pitié Enfant de malheur Et de travaux forcés. Comme j'étais son homme et pas une lopette Ayant acquit les principes d'adepte Je sorti mon surin, et d'un coup en plein cœur Je l'étendit raide mort et fut serré sur l'heure. Refrain Je me souviens encore de ma première femme Elle s'appelait Titine une vraie putain dans l'âme La reine des morues de la rue Saint Denis Elle faisait la lutine dans la Bath de Rivoli. Refrain Je me rappelle aussi de ma première chaude pisse Que je me fis soigner à l'hôpital Sulpice Les chancres et les morpions qui me rongeaient mon vit Malheur à la morue qui m'a si bien servi. Refrain Mes amis si je meurs; la syphilis me ronge C'est d'avoir trop baisé des brunes et des blondes Pour le mystère d'un cul, pour le plaisir d'un con j'étais bien trop pileux et me voilà fout. Refrain Après une cavale, je me suis fait serré les lopettes à jupettes m'ont condamné Au bagne de Cayenne je fus emmené C'est de là qu'on a tenté de me bâillonner. Refrain Il me reste ma plume, pour mes volontés dernières C'est d'une simple façon que je ceux que l'on m'enterre Sans les flonflons des curetons et leur pieux sermons Je me trouverais à l'aise comme à la zon-zon. Refrain Mon seul désir, c'est qu'il ai une pierre Gravée de mon épitaphe: Julot de la der des der Et qe la Prusse n'a pas su faire taire Et que le cul des clercs reste par terre. Mort aux vaches, mort aux condés Vive les enfants de Cayenne, et à bas ceux de la sureté. Mort aux vaches, mort aux condés Vive les enfants de Cayenne, et à bas ceux de la sureté.
La bricole - Peinture de Francis Lagrange - bagnard
La chanson de l'Orapu.
En 1895, MIEL, qui subissait une peine de 8 ans de travaux forcés dans les terribles camps de l'est de la Guyane, mis en vers la détresse de ses compagnons, attelés comme des bêtes aux énormes troncs d'arbres abattus dans la forêt guyanaise, qu'il fallait, sous les coups des gardiens, haler jusqu'à la crique Orapu ( affluent de l'Oyak, portion de rivière formée de a Comté et de l'Orapu, avant de devenir le Mahury).
Le bronze a retenti: debout il est cinq heures, Le voile de la nuit couvre encore l'Orapu, Des vampires hideux regagnent leur demeure, Ivres du sang humain dont ils se sont repus. Pour beaucoup d'entre nous, réveil épouvantable. Notre esprit vagabond planait sous d'autre cieux, Mais la cloche en sonnant l'appel impitoyable Nous rappelle tremblants pour en ces lieux. Chacun pour le travail s'arme d'un bricole, Et dans la forêt sombre s'avance en trébuchant, On dirait des démons la sarabande folle, Car l'enfer est au bagne, et non pas chez Satan, Allons vite au biseau, que la corde se place, Et chantez, malheureux, pour réchauffer vos cœurs, Oh la, oh la. Garçons, la pièce se déplace, Et glisse sous les yeux des surveillants moqueurs. Le soleil cherche en vain à montrer son visage, Un voile épais et noir le dérobe à nos yeux, Il pleut, il pleut toujours dans ce pays sauvage, Ô France, en ces instants, nous regrettons tes cieux. On franchit les rouleaux, on tombe on se relève, On ne connaît pour nous que ces mots "Marche ou crève", L'Orne (1) apporte en ses flancs de quoi nous remplacer. Enfin, vers le "dégrad" on arrive; sans trêve Il nous faut retourner au second numéro, De douleur, de dégoût, notre cœur se soulève, Mais la voix d'un Arabe a crié "Roumi, ro". Ce supplice sans nom chaque jour se répète. Enfants des fiers gaulois, qu'êtes-vous devenus ? Les plus forts d'entre nous marchent en courbant la tête, Forçats, forçats, pleurez, vos cœurs ne battent plus. (1) L'Orne était le nom d'un bateau qui transportait les bagnards de France vers la Guyane. Killing Lawrence chante PAPILLON
Cellule de Dreyfus sur l'Ile du Diable (Guyane)
DREYFUS - par Yves Duteil
Par Yoav Rheims - mardi 2 octobre 2007
Je suis un peu ton fils Et je retrouve en moi Ta foi dans la justice Et ta force au combat. Dans ton honneur déchu, Malgré ta peine immense, Tu n'as jamais perdu Ton amour pour la France. Et s'il ne reste qu'un murmure Pour te défendre, Par-delà tous les murs, Il faut l'entendre. Je suis un peu ce frère Qui remue les montagnes Lorsque tu désespères Dans ton île, en Guyane. Et je souffre avec toi Des fers que l'on t'a mis Pour écraser ton âme Et pour briser ta vie. Mais pourquoi fallait-il Pour t'envoyer au Diable Te prendre dans les fils De ce piège effroyable ? J'ai vu souvent mon père S'assombrir tout à coup Quand j'évoquais "L'Affaire", Comme on disait chez nous Et j'ai vécu longtemps Sans rompre ce silence, Comme un secret pesant, Parfois, sur la conscience. J'imaginais comment Des hommes étaient capables D'arrêter l'innocent Pour en faire un coupable. Il était Alsacien, Français, juif, capitaine, Vivant parmi les siens À Paris, dix-septième Quand, un matin d'octobre, On l'accuse, on l'emmène Vers douze ans de méprise Et d'opprobre et de haine. Traité plus bas qu'un chien, Laissé dans l'ignorance De tous ceux qui, sans fin, Luttaient pour sa défense, Courageux, opiniâtres, Jouant parfois leur vie Sur un coup de théâtre En s'exposant pour lui. Je suis un peu son fils Et c'est moi que l'on traîne Au Palais d'injustice En l'écoutant à peine Et quand Paris s'enflamme Alors qu'on l'injurie, Le coupable pavane À quatre pas d'ici ... Lucie... Mon corps est à genoux Mais mon âme est debout. Un jour je reviendrai Vers la terre de France Crier mon innocence Et retrouver la paix. Ici... Je n'ai plus rien de toi Et j'ai peur, quelquefois Que ma raison s'égare. Si je perds la mémoire, Si j'oublie qui je suis, Qui pourra dire alors À ceux qui m'aiment encore Que je n'ai pas trahi, Que j'ai toujours porté L'amour de mon pays Bien plus haut que ma vie, Bien plus haut que la vie ? C'était il y a cent ans. Dreyfus est mort depuis Mais je porte en chantant Tout l'espoir de sa vie Pour la mémoire des jours, Puisqu'en son paradis On sait depuis toujours Qu'il n'a jamais trahi. Il n'a jamais trahi Son cœur, ni son pays. Source : Paroles.net L’affaire Dreyfus est certainement celle qui a fait le plus connaître le bagne de Guyane, car la plus ancienne et aussi celle qui a fait coulé le plus d’encre jusqu’au fameux « J’accuse » d’Emile Zola adressé au président de la République, Felix Faure, le 13 janvier 1898 et qui parut dans le journal L’Aurore. Alfred Dreyfus est accusé d’espionnage, arrêté et emprisonné le 15 octobre 1894. Capitaine, il est traîné devant le Conseil de Guerre le 19 décembre de la même année. Accusé de trahison, il est dégradé et condamné à la détention perpétuelle dans une enceinte fortifiée. C’est le 21 février 1895 qu’il prend le bateau pour la Guyane. Enfermé quelques jours sur l’Ile Royale, il est transféré sur l’Ile du Diable pour y subir sa peine. Il vivra seul sur son Ile, dans une case de 4 m. sur 4, encadré seulement par quelques gardiens, relevés toutes les deux heures, de jour comme de nuit, qui n’avaient pas le droit de lui adresser la parole. L’affaire qui s’amplifie en France divise le pays pratiquement en deux entre dreyfusars et anti-dreyfusards, et le ministère de la Guerre craint une évasion du prisonnier, ce qui aggrave ses conditions de détention et il tombe malade. La lettre de Zola, qui lui valut un an de prison, amena le lieutenant-colonel Henri à avouer le forfait de faux en écriture qui avait amené le capitaine Dreyfus à passer 4 ans 3 mois et 5 jours au bagne de Guyane. Le 9 septembre 1899, il est conduit une nouvelle fois devant les juges militaires qui le condamnent à nouveau, mais assorti de circonstances atténuantes. Il est gracié dix jours plus tard par le président de la République Emile Loubet. Son procès est révisé le 12 juillet 1906, et il est réintégré dans l’armée avec le grade de commandant.
Léo Ferré
Merde à Vauban
Paroles : Pierre SEGHERS
Musique : Léo FERRÉ Bagnard au bagne de Vauban Dans l'île de Ré J'mange du pain noir et des murs blancs Dans l'ïle de Ré À la ville m'attend ma mignonne Mais dans vingt ans pour elle je n'serai plus personne Merde à Vauban Bagnard je suis chaine et boulet Tout ça pour rien ils m'ont serré Dans l'île de Ré c'est pour mon bien On y voit passer des nuages Qui vont crevant moi j'vois s'faner la fleur de l'âge Merde à Vauban Bagnard ici les demoiselles Dans l'île de Ré S'approchent pour voir rogner nos ailes Dans l'île de Ré Oh que jamais ne vienne celle Que j'aimais tant pour elle j'ai manqué la belle Merde à Vauban Bagnard la belle elle est là-haut Dans le ciel gris elle s'en va derrière les barreaux Jusqu'à Paris Moi j'suis au mitard avec elle Tout en rêvant à mon amour qu'est la plus belle Merde à Vauban Bagnard le temps qui tant s'allonge Dans l'île de Ré Avec ses poux le temps te ronge dans l'île de Ré Où sont ses yeux où est sa bouche Avec le vent on dirait parfois que j'les touche Merde à Vauban C'est un p'tit corbillard tout noir Étroit et vieux qui m'sortira d'ici un soir Et ça sera mieux Je reverrai la route blanche Les pieds devant mais je chant'rai d'en d'ssous mes planches Merde à Vauban Mélodie de la chanson Sources Ecouter le titre interprété par Marc Ogeret Victor HUGO
Victor Marie Hugo (1802-1885) , "Écrit après la visite d'un bagne", 1853,
texte tiré de " Les Quatre Vents de l'esprit, - Le Livre Satirique - Le Siècle, no. 14" Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne. Quatre vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne Ne sont jamais allés à l'école une fois, Et ne savent pas lire, et signent d'une croix. C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime. L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme. Où rampe la raison, l'honnêteté périt. Dieu, le premier auteur de tout ce qu'on écrit, A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres, Les ailes des esprits dans les pages des livres. Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut Planer là-haut où l'âme en liberté se meut. L'école est sanctuaire autant que la chapelle. L'alphabet que l'enfant avec son doigt épelle Contient sous chaque lettre une vertu ; le cœur S'éclaire doucement à cette humble lueur. Donc au petit enfant donnez le petit livre. Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre. La nuit produit l'erreur et l'erreur l'attentat. Faute d'enseignement, on jette dans l'état Des hommes animaux, têtes inachevées, Tristes instincts qui vont les prunelles crevées, Aveugles effrayants, au regard sépulcral, Qui marchent à tâtons dans le monde moral. Allumons les esprits, c'est notre loi première, Et du suif le plus vil faisons une lumière. L'intelligence veut être ouverte ici-bas ; Le germe a droit d'éclore ; et qui ne pense pas Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre. Songeons-y bien, l'école en or change le cuivre, Tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or. Je dis que ces voleurs possédaient un trésor, Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ; Je dis qu'ils ont le droit, du fond de leur misère, De se tourner vers vous, à qui le jour sourit, Et de vous demander compte de leur esprit ; Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute ; Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ; Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ; Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés Ont pour point de départ ce qui n'est pas leur faute ; Pouvaient-ils s'éclairer du flambeau qu'on leur ôte ? Ils sont les malheureux et non les ennemis. Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ; On a de la pensée éteint en eux la flamme ; Et la société leur a volé leur âme. 2 Ô vieux bagne éternel ! Énigme ! Abîme obscur ! Que d'ombres ont passé sur ce funèbre mur ! Ici le mal, la nuit, l'ignorance servile ; À l'autre extrémité de cette corde vile Le génie et la foi, l'amour, la vérité, L'inventeur, le penseur de Dieu même agité, Le prophète écartant l'erreur impie et fausse, Saint Jean dans son caveau, Daniel dans la fosse, Galilée au cachot, Colomb au cabanon ; Et, remontant au jour de chaînon en chaînon, Cette chaîne de deuil, sur la terre jetée, Qui commence à Poulmann, finit à Prométhée. À travers six mille ans, et traînant en chemin Ses monstrueux anneaux sur tout le genre humain, Elle part de Toulon et s'attache au Caucase. L'homme met la lumière et l'ombre au même vase ; Le bagne, enfer stupide, admet dans son tombeau Depuis l'homme poignard jusqu'à l'homme flambeau. Malheur à qui dit : marche ! Au progrès qui recule, À qui jette un rayon dans notre crépuscule ! Que deviendrait l'erreur si le jour triomphait ? C'est le même attentat et le même forfait, Le même crime avec la même peine immonde Que de tuer un homme ou de trouver un monde. Lucifer est Satan ; l'aigle est le basilic. Quiconque allume un phare est l'ennemi public. Quoi, l'archange enchaîné coudoyant les vampires ! L'âme au carcan ! Les bons traités comme les pires ! Ô morne aveuglement de l'homme et de ses lois ! L'esprit tremble et frémit devant toutes ces croix Que portent les voyants, les inspirés, les sages ; Pour s'enfuir de la vie on cherche des passages, Ciel juste, quand on songe à ces révélateurs Qu'on a saisis, pensifs et venant des hauteurs, Qu'on a punis du bien ainsi que d'une faute, Liés avec le crime au poteau côte à côte, Qu'on a fouettés, martyrs saignants et radieux, Et qui furent forçats parce qu'ils étaient dieux !
Mercredi 28 Juillet 2010
Yvan MARCOU
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