CULTURE - ARTS PLURIELS & ARTISANAT TRADITIONNEL

La saga Stradivarius

S’il existe un mythe ou une saga de la musique, c’est bien celui qui entoure les stradivarius et les guarnerius. En effet ce sont des instruments de légende dont l’histoire et surtout leur sonorité font rêver et qui sont le résultat d’un façonnage du bois et de l’application d’un vernis dont le secret n’a pas encore été percé.



Le mythe Stradivarius

La naissance d'un violon - photo Yvan Marcou
La naissance d'un violon - photo Yvan Marcou
En ce qui concerne les stradivarius, il ne reste aujourd’hui dans le monde que six cents instruments forgés entre les mains d’Antonio Stradivari, dont seul quatre cents sont encore joués.

Dès lors, les histoires rocambolesques de musiciens, de collectionneurs ou de luthiers gagnés par la fièvre des violons sont là pour en témoigner.

C’est vers 1540 que le violon, pur produit de la Renaissance italienne est inventé à Crémone, qui à cette époque est une cité libérale qui commande le trafic du Pô. Toutefois, c’est au génie d’Andréa Amati que l’on doit les premiers violons. Catherine de Médicis en commande deux douzaines en 1564 pour une tournée d’orchestre qui traversera durant deux ans le royaume de France.

Crémone deviendra la cité de référence, car si on y fabrique des violons on y produit aussi des musiciens et des compositeurs, qui mettront au gout du jour la musique de chambre qui éclipse, au moyen de ces fameux violons, les théorbes, les luths, les cistres et autres lyres à bras qui sont ses illustres prédécesseurs.

Dans les années 1650-1660, la demande de violons de qualité issus des fabriques Amati explose, jusqu’à l’arrivée d’un nommé Antonio Stradivari, dit Stradivarius. Mais c’est après de graves problèmes sanitaires dus à la peste noire et aux famines qui suivirent et qui décimèrent la population de Crémone, que l’on trouve en 1667 l’intense activité de ce luthier d’exception.

Parallèlement, les Guarneri et les Rugeri font des copies d’Amati de fort bonnes factures et Crémone produit plus d’une centaine de violons par an avec une remarquable montée en puissance de l’activité de l’atelier de Stradivari qui finit par faire chuter en 1697 ses principaux concurrents, dont Amati, son premier employeur. Antonio, qui est âgé de cinquante-quatre ans (un grand âge à cette époque) s’appuis sur les savoir faire appris par son fils ainé Francesco, jusqu’en 1698 où il abandonne les contours du passé et crée ce qui est aujourd’hui considéré comme la forme type des violons, et ainsi débute sa période d’or, avec en particulier des incrustations dont il a le secret.

Les turpitudes des guerres de successions et les dominations successives qui frappent la région de Crémone jusqu’en 1707, perturbent la production de ces instruments où en 1709 la fabrication des stradivarius passe à vingt trois pièces en grignotant les ruines de ses concurrents. C’est avec ses deux fils Francesco et Alessandro, que le luthier de génie répondra à une grosse commande pour la cour du roi de Pologne, avec la livraison des plus beaux instruments de leur carrière, dont le vernis et les soins apportés aux détails pourront jamais être égalés.

Mais en 1720, la situation du nord de l’Italie est très critique économiquement et les luthiers sont affectés. La casa Stradivari continue à fonctionner mais la fin de l’atelier est proche et le maître à près de quatre vingt ans. Dès lors en 1729, il organise sa succession avec des parts très disparates dont Francesco en tire le meilleur avec le fond d’atelier qui renferme de nombreux violons de grandes valeurs. Le dernier testament permet à Antonio Stradivari d’attendre la fin après avoir amoncelé un savoir et des richesses extraordinaires avec la réalisation de près d’un millier d’oeuvres rares qui ne trouveront pas d’héritiers comme pour son nom, car il n’a pas eu de petits enfants. La mort vient le chercher le 19 décembre 1737 à l’âge de quatre vingt-treize ans.

En 1744 meurt Joseph Guarneri, et avec lui le dernier représentant des quatre ateliers qui ont fait la gloire de la ville. La grande école de la lutherie crémonaise touche à sa fin.

Sources : « Antonio Sradivari » de Frédéric Chaudière luthier à Montpellier.

Les luthiers « une école de Montpellier » !

Frédéric Chaudière dans son atelier - photo Yvan Marcou
Frédéric Chaudière dans son atelier - photo Yvan Marcou
On ne compte pas moins de dix ateliers et vingt luthiers dans la bonne ville de Montpellier qui regroupe prés de 300 000 habitants, ce qui en fait dans ce domaine, l’une des premières villes dans le monde en dehors de Crémone. Elle dépasse en cela Mirecourt dans les Vosges. C’est en 1980, que le premier atelier de Frédéric Quillés, élève de lutherie de Mirecourt, s’installe dans la ville. Par la suite sont venus de différents horizons : En 1982, Nicole Dumond, formée également à l’école de Crémone, épaulée plus tard par son mari, Ghaleb Hasan. Ont suivi en 1984 Frédéric Becker, lui aussi venu de Crémone, puis Frédéric Chaudière en 1986, après ses études à l’école de lutherie de Newark (Angleterre). Après un passage dans l’atelier Chaudière, Friedrich Alber, élève de Newark, lui aussi, s’installe à Montpellier en 1994. D’autre grands noms de la lutherie s’installeront sur Montpellier, comme Pascal Camurat en 2000, puis Nicolas Gilles et Yann Poulain en 2005. De nouveaux luthiers s'établissent dans cette ville où la vie musicale est riche et où ils travaillent dans de splendides ateliers. On trouve ainsi, David Ayache, Michel Proulx, Olivier Calmeille, Arnaud Giral, Thomas Bolle, Guillaume Carballido, Jacquet Thierry et Wolfram Neureither.

Frédéric Chaudière, qui produit des instruments haut de gamme destinés aux professionnels, a organisé en 2008, en partenariat avec le Musée Fabre, une exposition des instruments d’Antonio Sradivari. D’autre part, en marge du festival Radio France de Montpellier, il a été l’artisan d’un concert qui a historiquement regroupé pour la première fois en France une vingtaine de Stradivarius.

C’est au quartier sainte Anne du vieux Montpellier où l’on trouve les principaux ateliers emblématiques de cette ville, que se tient celui de Frédéric Chaudière, dans l’Hôtel Magnol, magnifique bâtisse du XVII° siècle, qui s’ouvre sur une cour intérieure de grande facture.
L’Hôtel Magnols a été construit en 1640 par l'Architecte Antoine Giral, cet hôtel particulier possède 2 façades: la façade principale était située au 1 rue Philippy et la façade secondaire au 10 rue du Bayle. En 1701, l'Hôtel est divisé en 2 parties: rue Philippy on retrouve une île confrontant 3 rues et une maison appartenant à la veuve d'Antoine de Ricard; rue du Bayle on retrouve une maison attenante vendue à Pierre Magnol. Depuis cette époque, l'Hôtel est resté dans la famille Magnol, transmis directement dans la lignée masculine.

Dans tous les autres hôtels particuliers de l'Ecusson, le porche, la cour ainsi que la cage d'escalier sont des parties communes; ici elle est entièrement privée faisant ainsi le charme et l'intérêt architectural de cette bâtisse dont la rampe en fer forgée et la clé pendante de l'escalier en sont les signes distinctifs.
En 1999, Frédéric Chaudière, luthier, s'éprend de l'Hôtel Magnol et s'en porte acquéreur. De grands travaux sont alors réalisés dans le respect de l'intégrité du bâtiment, comme l'installation d'une verrière.

Depuis 2000, le lieu est dédié à la culture sous toutes ses formes en accueillant diverses manifestations chaque année et en hébergeant deux associations culturelles montpelliéraines: l'Académie Internationale de Musique de Montpellier (A.I.M.M.) et l'Association Trans-Art.
C’est ainsi que dans ce cadre prestigieux, et pour la saison 2012-2013, sur le thème « Paroles d’instruments » l’association Trans-art a organisé le dimanche 24 mars 2013 une soirée musicale avec la participation de Dorota Anderszewska au piano, Galina Soumm et Pavel Soumm, violonistes. A cette occasion ont été interprétées avec maestria des œuvres de W.A. Mozart, P.I Tchaïkovsky, D. Chostakovitch et F. Kreisler.

Mais la particularité de cette soirée était de permettre à une centaine de privilégiés de pouvoir écouter deux violons prestigieux, que sont : Le « Rovelli » fabriqué par Joseph Guarneri, dit Del Gesù en 1743 et le « Kruse » fabriqué par Antonio Sradivari, dit Stradivarius en 1721.

L’histoire du guarnérius « Rovelli » n’est connue que depuis que ce violon apparaît dans les mains de Rovelli, un élève de Paganini. Les violons de la dernière période de Joseph Guarneri sont encore plus recherchés que les stradivarius de la période d’or. Les prix de ces instruments mythiques, en fonction de leur conservation, peuvent aller de un à plusieurs millions d’euros.


Le stradivarius « Kruse » de 1721

Cet instrument est un des rares stradivarius à posséder un fond sur couche, c’est à dire un fond dont les accroissements sont alignés horizontalement dans l’épaisseur plutôt que verticalement. L’érable, généralement considéré comme étant moins rigide dans ce sens, produit alors des sons plus chauds mais parfois moins pénétrants. Il est intéressant de noter que la famille Amati a préféré le bois sur couche. L’hypothèse selon laquelle Stradivari aurait fabriqué des fonds sur couche légèrement plus épais qu’à l’ordinaire pour compenser leur manque de rigidité relative est souvent évoqué bien que ce ne soit absolument pas le cas ici. Le fond sur couche offre des motifs particulièrement subtils car les ondes ont alors l’éclat de la soie.
Le « Kruse » est un violon exceptionnel bien conservé, où se manifeste très nettement toute la maîtrise de Stradivari. Il a été construit sur le moule PG (pour piu grande, soit « plus grand »), conservé dans la collection du musée Stradivari de Crémone et qui porte la date du 4 juin 1689. Il est en effet légèrement plus long que le moule P sur lequel le « Maurin » de 1718, fut fabriqué, mais plus petit à tous égards que le fameux moule G sur lequel les instruments de la période d’or furent construits. Comme le « Maurin », il se distingue par ses ouïes droites et étroites. Sa voûte est forte donnant une courbe pleine au niveau des C, ce qui crée l’impression d’une pente soudaine de l’extérieur des f vers les filets. Pour ce qui est de ses capacités acoustiques, cette voute, à l’image de celle des violons sur le modèle long, se rapproche des résultats sombres et profonds des instruments de Brescia un élément de plus en plus présent dans les dernières œuvres de Stradivari. La force des instruments de la dernière période est soulignée par la présence d’un bord plus large et de filets plus épais, qui rappellent les instruments des années 1690.


Sources : « Antonio Sradivari » de Frédéric Chaudière luthier à Montpellier

Un mystère des Stradivarius qui est peut être levé ?

Partie inférieure d'un violon en cours de rabotage - photo Yvan Marcou
Partie inférieure d'un violon en cours de rabotage - photo Yvan Marcou
Les experts en lutherie se penchent depuis plus de cinquante ans sur la présence d’une cheville ventrale ou proéminence qui apparaît au centre de la partie inférieure de la caisse de résonance des instruments, appelée « fond » des Stradivarius. Cette caractéristique est aussi une marque de fabrique de ces instruments exceptionnels, ce qui facilite leur authenticité. Ce sont en effet les violons les plus prestigieux qui sont dotés de ce repère, notamment ceux confectionnés à Crémone depuis 1535 par les ateliers Andréa Amati, puis Stradivari et Guarneri.

Yann Poulain, diplômé de la prestigieuse école de Newark, luthier installé à Montpellier, comme signalé précédemment, apporte un éclairage empirique mais réaliste à cette énigme après plus de huit années de recherche.

Il part du principe que cet appendice, n’est pas une coquetterie des luthiers ou « un plus » pouvant apporter une touche à la sonorité de ces instruments. Il est persuadé que comme le métal était couteaux à cette période, les maîtres luthiers ne disposaient que de peu d’outils. De ses investigations menées au musée de la lutherie à Crémone et des consultations d’ouvrages anciens, comme des recherches de vieux outils dans les brocantes, il découvre un foret à bois d’époque qui présente une curieuse forme. Cet outil est doté en son centre d’une fine pointe qui dépasse la longueur de la partie coupante. L’aiguillon devait ainsi permettre de guider l’outil dans la chair du bois et de creuser autour de son axe un trou cylindrique.

Dès lors, cette cheville ventrale ne serait que la marque de cet outil utilisé pour réaliser une excavation au centre du bois, laquelle n’est plus visible une fois l’instrument achevé. « A l’époque, où les étaux et les presses étaient rares, ce trou cylindrique servait à caler le morceau de bois à raboter sur une butée fixée à l’établi » précise Yann Poulain. Une fois la partie extérieure du violon raboté, le luthier pouvait creuser l’extérieur jusqu’à la profondeur de ce trou, ne laissant apparaitre que l’infime relief de l’aiguillon.

Cette analyse a fait l’objet d’une publication dans la très sérieuse revue anglaise « The Strad », et Yann Poulain qui adopte une technique permettant « une grande maniabilité dans le rabotage et un travail plus sensoriel » fait la comparaison entre la cheville ventrale et un nombril, souligne : « C’est une preuve de la naissance et du lien à la mère créatrice ». Pour le moment les experts n’ont ni validé, ni rejetés cette hypothèse.

Vidéo : Paroles d’instruments le 24 mars 2013:

Le stadivarius « Kruze » de 1721, puis le garnérius « Rovelli » de 1743, joués ici par Dorota Anderszewska accompagnée au piano par Galina Soumm.

Vidéo : Paroles d’instruments le 24 mars 2013 : Duo

Le stadivarius « Kruze » de 1721, joué ici par Dorota Anderszewska et le garnérius « Rovelli » de 1743, joués ici par Pavel Soumm, accompagnés au piano par Galina Soumm.

Vidéo : Paroles d’instruments le 24 mars 2013 : Duo

Le stadivarius « Kruze » de 1721, joué ici par Dorota Anderszewska et le garnérius « Rovelli » de 1743, joués ici par Pavel Soumm, accompagnés au piano par Galina Soumm.

Jeudi 18 Avril 2013
Yvan MARCOU
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