Classement des bagnes de Guyane par l'UNESCO: discours et soutiens.

Lettre à Michel CLEMENT, directeur de l'architecture et du patrimoine.

Demande d'inscription sur la liste indicative des biens nationaux.



Ancien tribunal
Ancien tribunal

Monsieur le Directeur,

La ville de Saint-Laurent-du-Maroni est engagée de longue date dans une politique culturelle et touristique tendant à la valorisation de son patrimoine, intimement lié à l’histoire des bagnes de Guyane, créés dans le prolongement de l’abolition de l’esclavage, dès 1852.

Comme pour l’histoire de l’esclavage, la mémoire du bagne est enfouie dans les consciences et il me semble utile, au-delà de nos identités locales et nationales, qu’un travail d’appropriation et de diffusion de cette histoire puisse être conduit plus largement au niveau international.

La municipalité de Saint-Laurent-du-Maroni a déjà pris de nombreuses initiatives pour sauvegarder, réhabiliter et protéger son patrimoine, dans une perspective urbanistique, de promotion culturelle et touristique mais également dans un but de réinvestissement identitaire et mémoriel.

En effet, la mémoire de Saint-Laurent-du-Maroni est atypique et exemplaire à bien des titres et notamment du fait que cette ville n’a accédé au rang de commune de plein exercice qu’aux termes d’un décret du 9 novembre 1949. Antérieurement à cette date, la France républicaine ne s’émouvait pas outre mesure de compter sur son territoire, en Guyane, département depuis 1946, une commune dont le maire était désigné par le Directeur de l’Administration Pénitentiaire.

La fin du bagne marque également, de façon paradoxale, la fin de la splendeur coloniale de la ville. Après 1949, les bâtiments du quartier officiel appartenant à l’Administration Pénitentiaire ont fait l’objet d’une redistribution entre différentes administrations qui les ont entretenus tant bien que mal. D’autres installations proprement carcérales dont le Camp de la Transportation ont été cédés à des particuliers et peu à peu laissés à l’abandon.

Pendant plus de trente ans, la ville a tenté d’oublier son passé pénitentiaire et ces vestiges auraient été détruits sans l’intervention en 1983 de la nouvelle équipe municipale que je conduisais et qui a entamé un long parcours d’appropriation de la mémoire collective de la ville.

Sous cette impulsion nouvelle, la population de Saint-Laurent-du-Maroni a peu à peu accepté cet épisode de son histoire et a fini par considérer les murs du bagne comme un patrimoine historique à préserver. Des procédures de classement au titre des monuments historiques ont été engagées et un partenariat s’est instauré entre la commune et l’Etat pour lancer la réhabilitation de ce patrimoine dès 1993.

Plus récemment un projet global de valorisation de la mémoire du bagne a été lancé dans le cadre du label « ville d’art et d’histoire » qui vient de lui être attribué par le Ministère de la Culture et de la Communication et au travers d’un Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (CIAP).

Enfin, le Camp de la Transportation constitue le patrimoine support d’un Centre Culturel de Rencontre (CCR), en préfiguration.

Ces actions méritent d’être prolongées pour diffuser le plus largement possible cette mémoire des bagnes de Guyane, pour des raisons patrimoniales mais également pour des raisons éthiques et politiques. car au-delà des vestiges architecturaux, de l’identité d’une ville et d’une communauté, cette histoire reste symptomatique des heurs et malheurs des politiques pénitentiaires et coloniales de la France sur la période de 1850-1950.

Cet héritage, cette mémoire mériteraient donc de rayonner plus largement en prenant appui sur l’instrument juridique mis en place par l’UNESCO et tendant au classement des bagnes de Guyane au patrimoine mondial.

C’est pourquoi j’ai l’honneur de solliciter votre intervention afin que la France, au titre d’Etat partie à la convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, inscrive les bagnes de Guyane sur la liste indicative des biens nationaux, en les considérant comme un patrimoine culturel de valeur universelle, susceptible de faire l’objet d’une candidature à l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, le plus prochainement.

Avec l’espoir de votre soutien, je demeure à votre disposition pour toute information complémentaire, et vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de ma considération distinguée.

Le maire
Léon BERTRAND

Hôtel des impots
Hôtel des impots

Mardi 1 Août 2006
Yvan MARCOU
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